Un moment décisif pour Marine Le Pen
PARIS (Reuters) – La cheffe de file de l’extrême droite française, Marine Le Pen, s’apprête à faire face à l’un des jours décisifs de sa carrière politique ce lundi, lorsque la cour se prononcera sur sa culpabilité dans une affaire de détournement de fonds qui pourrait l’exclure de la course présidentielle de 2027.
Ce verdict menace de bouleverser la scène politique française, Le Pen étant une des favorites dans les sondages en vue de ces élections.
Son parti, le Rassemblement National (RN), a qualifié ce procès de chasse aux sorcières et son élimination de la course pourrait intensifier le débat sur le rôle des juges dans la politique.
Une sentence sévère « provoquerait un bouleversement considérable puisque le principal leader d’opposition serait empêché de se porter candidate par les juges,» a déclaré Arnaud Benedetti, analyste politique.
Le Pen, ainsi que deux douzaines de membres de son parti, sont accusés d’avoir détourné plus de 3 millions d’euros de fonds du Parlement européen pour rémunérer des employés basés en France. Les accusés affirment que l’argent a été utilisé de manière légitime et que les allégations définissent trop étroitement ce qu’est un assistant parlementaire.
Conséquences potentielles
Les procureurs ont demandé que Le Pen fasse face à une interdiction immédiate de cinq ans de fonctions publiques si elle est reconnue coupable, et ce, quelle que soit la procédure d’appel.
Une acquittement serait un coup de pouce pour cette dirigeante de l’extrême droite qui a su se rapprocher du courant dominant et a transformé le RN en plus grand parti du parlement français.
Toutefois, un verdict de culpabilité avec une interdiction de cinq ans nuirait gravement à Le Pen, âgée de 56 ans, qui a affirmé que 2027 serait sa dernière tentative pour accéder au poste suprême. Elle conserverait son siège parlementaire jusqu’à la fin de son mandat.
Les juges peuvent adopter, modifier ou ignorer la demande des procureurs.
Une affaire au-delà des simples allégations
Le Pen accuse les procureurs de chercher sa « mort politique », allégant un complot pour écarter le RN du pouvoir, un discours que reprend notamment l’ancien président américain Donald Trump avec ses propres soucis juridiques.
Dans une interview accordée à La Tribune Dimanche, elle a déclaré ne pas être nerveuse et s’attendre à clémence de la part des juges.
Avec l’exécution provisoire, les juges ont le pouvoir de vie ou de mort sur notre mouvement, a-t-elle précisé. Mais je ne pense pas qu’ils iront aussi loin.
Certains de ses rivaux, dont le Premier ministre Francois Bayrou et le ministre de la Justice Gérald Darmanin, ainsi que certains politiques de gauche, s’inquiètent du pouvoir que les juges pourraient avoir pour décider qui peut se porter candidat.
Les procureurs et un juge impliqué dans le procès ont reçu des menaces de mort en ligne, une partie d’une réaction internationale croissante contre les juges cherchant à limiter les abus politiques.
Les responsables de premier plan du RN ne s’attendent pas à ce que Le Pen soit exclue. Son protégé, le président du parti Jordan Bardella, 29 ans, prendrait sa place si cela se produisait.
L’expert en extrême droite et politologue Jean-Yves Camus a déclaré qu’une interdiction de cinq ans pourrait enragé les supporters de Le Pen.
Les électeurs du RN sont assez enclins à penser qu’ils sont victimes de l’élite, ce qui pourrait renforcer ce sentiment d’être ostracisés.
